Un jeudi en noir

Un petit encart sur un site internet, convoquant par un néologisme l’anarchisme et le christianisme, se réclamant tant de Bakounine que des pères de l’église invitait qui le souhaitait à la réunion inaugurale de leur mouvement.
Goûtant les rassemblements hétéroclites, radicaux et anti-modernes et riche de pas mal de temps libre cette semaine je décide de m’y rendre.

15 personnes dans une salle enfumée, surement pas mal d’universitaires, en tout cas pas mal de gens ce connaissant, ce voyant régulièrement et tournant en rond les mêmes références à des auteurs fort obscurs pour la très grande majorité des béotiens que nous sommes.
Pour moi, qui ai la prétention de posséder une correcte culture politique, ce fut la règle des trois tiers : Un tiers d’auteurs cités m’étaient inconnus, un tiers d’auteurs cités connus mais jamais lus et un tiers d’auteurs connus et lus.

Donc encore un groupuscule qui risque de le rester pour une raison assez simple :
Comment parler aux autres quand on est trop habitué à parler entre soi ?

Soit ce mouvement est un dandysme qui ne souhaite pas quitter la sphère éthérée du sixième arrondissement de Paris (peu d’avenir, très généralement), soit c’est une invitation romantique à s’évader de cette triste réalité (pour cela il existe déjà le très respectable Royaume de Patagonie), soit c’est réellement une tentative politique.

Si c’est réellement une tentative politique, j’engage assez vivement ses fondateurs à ce pencher sur la transmission de la pensée politique : Marx a écrit de petits opuscules parfaitement lisibles pour des ouvriers du dix-neuvième siècle, Gramsci a théorisé le principe de métapolitique, Ezra Pound a vomit le système capitaliste en poésie, Michéa (dont il fut souvent question ce soir) écrit dans une langue limpide et ses références sont toujours claires sans être verbeuses ni absconses.

En tout cas cette soirée m’a rappelé mes jeunes années de militant marxiste ou nous nous retrouvions pour changer le monde (qui n’a pas vraiment changé comme nous l’espérions à l’époque) dans des arrières salles du treizième arrondissement, arrières salles prêtées par la paroisse, les marxistes n’étant pas à une contradiction près.

Cette réunion fut honorée de la présence d’un auteur qui m’est cher et dont les magnifiques romans sont sans nul doute des armes politiques (ou métapolitiques) bien plus efficaces que ces réunions groupusculaires. Auteur qui s’éclipsa avant la fin pour boire une bière au bar, ce fut sans doute l’acte le plus subversif de la soirée.

Pour ma part je continuerais à faire mon chemin, à suivre mes propres pas (comme le disent les Pikkendorf), à jouir de mon statut autoproclamé d’anarque (comme le disait Ernst Jünger) et à attendre les cosaques et l’Esprit Saint (comme le disait Léon Bloy).

Nota Bene : Si à mes rares lecteurs cet article semble obscur, je me ferais un plaisir de le rendre plus explicite autour d’un verre, par exemple.

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