Archives pour la catégorie Coups de coeur

Vers le Sud-Ouest et au-delà (1)

Bordeaux, le 17 juin 2018

J’ai quelqu’un à visiter à Bordeaux. Quelqu’un qui m’a beaucoup marqué, m’a raconté tant de magnifiques histoires lorsque j’étais jeune et moins jeune, une sorte de modèle, une figure paternelle, un aventurier.

C’est au Musée d’Aquitaine que je vais le rencontrer, à l’ouverture, pour que notre rencontre se fasse dans l’intimité. Ce personnage que je me dois de rencontrer absolument pour bien débuter ma pérégrination, c’est Jack London. Une exposition lui est consacrée, plus précisément une exposition autour de « La croisière du Snark », voyage dans les îles du Pacifique que Jack effectua dans les premières années du vingtième siècle.

J’étais donc le premier à entrer dans le musée et la plus grande partie de la visite, je la fis seul, privilège rare. L’exposition est enthousiasmante; retraçant les étapes de Jack, de son épouse Charmian et de leur équipage d’Hawaii aux Marquises, de Tahiti aux Samoa, des Fidji aux Nouvelles Hébrides… Beaucoup de photos réalisées par le couple London, quelques objets des peuples rencontrées, quelques maquettes, quelques émouvantes reproductions des manuscrits de Jack…

En sortant du musée, enveloppé par un soleil radieux, je me suis installé à une terrasse de café, sur les quais, face aux nombreux grands voiliers réunis là pour quelques jours, pour y rédiger « à chaud » dans mon petit carnet ces quelques impressions que je vous livre tel quel :
Débuter cette escapade par la visite de de l’exposition Jack London fut parfait. JL reste pour moi le modèle de l’aventurier. Silhouette charpentée et sourire au charme délicat, accompagné de son épouse radieuse dans ses robes 1900. Les voir au milieu des peuples qu’ils rencontrent, pleins de curiosité et de bienveillance m’a beaucoup touché et, d’une certaine façon, rapproché d’Annie (mon épouse) : Jack et Charmian London sont à ma connaissance un des rares couples à avoir partagé l’aventure. Je pense que si l’aventure est belle quand on est seul, elle peut l’être tout autant accompagné par le femme qu’on aime.
L’esprit du large souffle déjà sur mes premiers pas dans le Sud-Ouest ! Et puis ces grands voiliers ! Symboles de l’aventure et d’une époque ou le monde s’offrait exclusivement aux explorateurs courageux.
Pour revenir à Jack et Charmian, bien sûr, je n’aurais pas leur vie, mais l’esprit qui les animait doit m’inspirer : Surpasser avec force et courage les mésaventures, vivre pleinement chaque instant, aimer, se nourrir des rencontres que la vie met sur notre chemin.

 

jack-london-with-wife-charmianJack et Charmian London sur le pont du Snark

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Tout le monde n’a pas eu la chance d’avoir un grand-oncle de Castres

Hier, Castres disputait la finale du championnat de France de rugby face à Montpellier. Au bout de 80 minutes épiques, les tarnais l’emportèrent 26 à 18, pour ma plus grande joie.

Si de tout mon coeur je supportais Castres c’est pour une raison toute simple, toute bête : j’avais un grand oncle qui était castrais et qui m’a beaucoup marqué.

Hier, en même temps que s’égrenaient les minutes du match, me revenaient les souvenirs de ce monsieur à qui je me dois aujourd’hui de rendre hommage.

Il s’appelait Pierre Gaches et il fut l’une des rares figures masculines qui traversèrent mon enfance.

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Moi, j’étais haut comme trois pommes et il me semblait un géant.

L’image qui me reste de Pierre Gaches est celle d’un authentique homme du sud-ouest, un gabarit hors norme, une petite moustache, une faconde intarissable et le verbe haut et chantant du Tarn, une sorte de Raimu de l’Agout.

Il conduisait terriblement mal, prenait avec bonhommie les sens interdits au volant de sa vieille Citroën et avait un sens bien à lui du stationnement, serait la main à tout Castres parce que tout Castres le connaissait, détestait aller à Toulouse parce qu’il n’était pas reconnu dans la rue et risquait les contraventions que jamais il n’aurait eu sur ses terres, supportait comme il se doit le Castres Olympique, dévorais à 70 ans passés une marmite de cassoulet en plein cagnard et me renvoyait mes cartes postales en corrigeant avec bienveillance mes fautes d’orthographe.

Parce que voyez-vous, pour Pierre Gaches, vous l’aurez compris, il y avait quelques valeurs avec lesquelles il ne fallait pas transiger ! La gastronomie, l’amour de sa terre et, surtout, la langue française.

Pierre était l’époux de la soeur de mon grand-père, Antonia, que tout le monde appelait Tonie. L’homme volubile du sud-ouest formait avec la taiseuse champenoise un couple pour le moins pittoresque qui ne connu jamais le bonheur d’un enfant. Je me souviens d’eux nous accueillant dans leur lumineux appartement de l’avenue Charles de Gaulle, à deux pas du mail.

Mais avant tout, pour moi, Pierre c’était l’écrivain ! Le premier que je rencontrais !

Parce que Pierre, je l’admirais. Je l’admirais pour sa bonne humeur et sa jovialité (ce qui me changeais de la maison), je l’admirais parce que dans les rues de Castres on le connaissait et le saluait et que les flics enlevaient leur képi à son passage et je l’admirais parce qu’il y avait son nom sur la couverture de livres dans les vitrines des libraires de Castres !

Bien sûr, Pierre Gaches n’a pas laissé à la littérature française une trace immense. Il était ce qu’on appelle, avec souvent une condescendance déplacée, un écrivain régional. et son oeuvre tient moins de place dans ma bibliothèque que dans mon coeur :

2 livres sous le pseudonyme de Pierre Galan :

  • Pâquerette (1956), roman
  • Esculape et le jasmin, contes

4 récits régionaux sous son vrai nom :

  • Le petit train de Castres à Murat et à Brassac (1971)
  • La vie à Castres et à la montagne de 1900 à 1914 (1973)
  • Toulouse les jours heureux (1919-1936) (1975)
  • Le petit train raconte (1979)

Et pourtant, pour moi, à l’époque, il était le plus grand écrivain du monde !

Dans ces livres, des dédicaces. À ma mère parfois, à moi pour la plupart et ce n’est pas sans émotion que je les relis aujourd’hui : « Pour Laurent quand il sera en âge de se plonger dans des temps qui lui sembleront préhistoriques, avec affection.», « À Laurent Gauthier ces souvenirs d’un « Ancêtre » en souhaitant qu’ils lui fassent passer un agréable moment. »…

Si on écrit d’abord pour soi, je crois qu’on écrit aussi pour laisser une trace, pour ne pas être oublié. Alors Pierre soit rassuré je ne t’ai pas oublié et peut être y es-tu pour quelque chose si mon fils ainé porte le même prénom que toi, si un jour j’ai joué et aimé le rugby et, très certainement, tu es pour beaucoup si aujourd’hui j’aime tant les livres, si je recherche si souvent la compagnie des écrivains et si j’ai un immense plaisir à écrire moi-même, ne serait-ce que sur ce blog.

Albane

Comme en amour, il existe en littérature une alchimie. Celle qui vous lie le coeur à un auteur par la magie de ses mots. Ses livres, ses phrases, ses personnages vous touchent au plus profond de l’âme. Guy Féquant est de ceux-là.

Son précédent roman, « Plume » m’avait profondément touché et résonne encore aujourd’hui en moi.

Son récit de voyage « Les blancs chemins » m’avait décidé à franchir le pas et à parcourir à mon tour mes blancs chemins. Grand lecteur de littérature de voyage, Il m’a fallu ce récit magnifique et émerveillé, pour que je prenne enfin mon sac à dos et me jette sur les routes de France pour un pèlerinage personnel qui m’amènera à quelques kilomètres des chères Ardennes de l’auteur. Certains croient au hasard, moi, très peu.

J’attendais donc avec impatience et fébrilité de me plonger dans « Albane » qui vient de paraître aux éditions Anfortas. Comme pour un rendez-vous amoureux, il convenait de choisir le meilleur moment pour rencontrer cette jeune femme.

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Hier, un magnifique soleil d’automne saluait l’antique fête de Samhain. J’étais seul à la maison, j’avais décidé de purifier mon corps et mon âme par une journée de jeûne. La journée idéale.

« Albane » c’est une histoire d’amour. Un amour fulgurant entre Philippe, bachelier de 18 ans et l’héroïne de vingt ans. Toile de fond, l’année 1968, avec ses bouleversements qui n’en furent pas et ses changements profonds, plus discrets. Pendant que certains pensent changer le monde, Albane et Philippe l’inventent, sans y réfléchir. Ils s’aiment, s’embrassent, embrassent la nature, embrassent la vie.

« Albane », c’est une histoire d’adolescence. Une adolescence magnifique. Cette adolescence qui est une succession d’aujourd’hui. Hier, c’était l’enfance, demain, demain… Demain n’existe pas, ou si peu.

Ces moments éblouissants, je les souhaite à tous et il faudra bien du recul pour se rendre compte que ces quelques mois de nos vies prennent plus de place que les trente ans qui ont suivi. Après cet éblouissement, c’est l’âge adulte, le moment des renoncements et des compromissions. On est plus grave, on est sérieux. Les trotskistes deviennent guichetiers à la BNP, les erreurs de jeunesse se paient au prix fort. Trop tard.

Pour réussir à nous replonger charnellement dans cette période il faut un sacré talent et Guy Féquant y arrive à merveille ! La très grande qualité de Guy Féquant est de n’avoir trahi ni son âme d’enfant ni son coeur d’adolescent. Il nous fait vivre ses instants dans toute leur sensualité. Sensualité des étreintes, sensualité de la nature qui les protègent. L’instant est vécu totalement.

« Albane » est un roman païen dans le sens le plus noble du terme. Ce paganisme qui magnifie le corps et la terre qui les porte. Grâce à Albane, Philippe connaitra cette « conversion » à la nature sauvage, complétant par la pratique la connaissance des maîtres grecs que chérit ce jeune helléniste. Mais l’auteur n’est pas de ces païens sectaires, loin s’en faut. Les cloches sonnent autant que brame le cerf, le doyen Leonardi, Sympathique ecclésiastique, semble bien mieux comprendre les amours adolescents que bien des adultes mariés, les chants grégoriens nourrissent l’âme…

Et puis il y a la Champagne. Région chère à mon coeur. Cette région que grâce à Guy Féquant j’ai traversé, attachant à mes souliers sa terre crayeuse. Région de mes origines que plus jamais je ne pourrais renier, encore moins après y avoir cheminé avec Albane.

J’ai refermé le livre, bouleversé. Le soleil brillait encore. Je suis sorti, j’ai marché. A chaque pas Albane m’accompagnait. Mon adolescence m’a sauté à la gorge. Mes renoncements d’adulte aussi. J’ai séché mes larmes, conscient de ne pas avoir totalement trahi mon âme d’enfant ni mon coeur d’adolescent (on me le reproche d’ailleurs assez souvent). Un cri est monté des pages du livre : Demain n’existe pas ! Vis, maintenant, pleinement !

Merci Guy de nous le rappeler.

Que les soirées sont belles…

C’est un dîner entre amis; d’abord une histoire de copines mais les hommes y sont les bienvenus. Un de ces dîners qui vous amène à une heure avancée de la nuit, un de ces dîners qu’on fait une fois par an parce qu’une des copines a élu domicile de l’autre côté de l’Atlantique, un de ces dîners ou on se croirait presque dans une comédie anglaise. La joie de se retrouver, de rire à peine la porte franchie. Il y eut des antipasti, du jarret de boeuf mijoté de longues heures dans une cocotte, des pâtes fraiches, du tiramisu, du gâteau au chocolat, des margaritas et du Crozes-Hermitage. On a voyagé, beaucoup : au Mexique, à Toronto, à Rimini, à Montréal, à Cuba, à Marseille, à Vanarasi, à Vintimille, à Paris aussi… et puis la Grèce et le Brésil, bientôt. On a convoqué, en vrac, Leonardo di Caprio, Glenn Gould, Sebastiao Salgado, Alain Daniélou, Steve Mc Curry, Patrick Génin, Sara Lugo, Woody Allen, Jeff Kooons, Pat Metheny, Pedro Almodovar, Marcel Pagnol… On a parlé de nos enfants et de nos petites histoires, de judo et d’hindouisme, du zèle de certains personnels aéroportuaires, de zen et de gastronomie, de métamphétamine et de cuisine méditerranéenne, du froid parisien et de la douceur montréalaise…

Que les soirées sont belles quand la compagnie est agréable, les conversations légères et les alcools forts.

Pour adoucir l’amertume des jours

PHO5c85d5a2-7f91-11e3-a3d8-f2e1126077f4-300x450Il est des personnages de roman qui, sans prévenir, avec douceur et élégance, entrent dans votre vie pour ne plus la quitter. Vera, Vesko et Nikola, les personnages du fort joli roman de Slobodan Despot « Le miel » sont indéniablement de ceux là.
Le Miel c’est l’histoire de plusieurs chemins initiatiques s’imbriquant par la magie du destin : Vera l’herboriste comprendra que « chaque geste compte » et Vesko le teigneux, la peur au ventre s’apercevra qu’on est bien souvent son pire ennemi. Le miel c’est aussi des histoires de sauvetage; Vera et Vesko veulent sauver Nikola et finalement ce sont eux qui trouveront leur salut car, comme le dit et le redit Vera, « chaque geste compte ».
La beauté de ce court roman tient aussi à ce qu’il dessine en creux :
La Yougoslavie qui n’existe déjà plus, déchirante et déchirée.
Le narrateur qui reçoit l’histoire qu’il nous conte en cadeau et nous l’offre à son tour. Lui dont on connait si peu nous ressemble tellement, pris par ses doutes et ses regrets, consultant Vera l’herboriste pour être soulagé de ses maux (mots ?).
Mais le vrai héros du livre c’est, comme le titre l’indique on ne peut plus clairement, le miel qui adoucit l’amertume des jours (pour reprendre la gentille dédicace de Slobodan Despot), le miel et son placide et généreux gardien, Nikola l’apiculteur. Le miel qui transforme une déroute programmée en un chemin lumineux ou, pour reprendre cette phrase du narrateur : « L’épopée de Nikola et Vesko apparaissait comme un filet d’eau claire serpentant au milieu d’un marécage vénéneux ».

Ne vous privez surtout pas de ce petit pot de miel, il vous fera le plus grand bien à l’âme et n’oubliez pas, chaque geste compte.

S’abandonner à vivre

s-abandonner-a-vivre-de-sylvain-tesson19  nouvelles bien serrées dans l’écrin crème des éditions Gallimard. 19 nouvelles comme autant d’invitations à voyager, réfléchir, aimer, tutoyer le destin, s’abandonner à vivre.
Sylvain Tesson, l’auteur de ces 19 récits, nous invite à contempler les hommes face aux destin que les dieux goguenards ont tissé pour eux. Hommes et femmes face au grain de sable qui propulse l’ordinaire dans l’extraordinaire, héros embrassant des destins plus grands qu’eux, voilà l’histoire de la littérature depuis Homère et à ce difficile exercice Sylvain Tesson tire plutôt élégamment son épingle du jeu.
Bien sur, l’exercice a ses limites. Toutes ses histoires ne se valent pas, quelques unes sont cousus de fil blanc, d’autres s’effacent à peine lues mais certaines sont de véritables bijoux, des pépites. L’exercice périlleux de concentrer en quelques pages un destin, de nous renvoyer face à nous mêmes, de briller par l’intelligence d’une chute est alors totalement réussi et l’on se prend à penser à Borges, ce maitre absolu du genre, celui où la nouvelle rejoint le conte.

Des histoires à ranger précieusement dans sa bibliothèque intérieure, à ressortir à bon escient, comme un bon whisky, quand la compagnie est agréable ou la solitude un peu lourde… S’abandonner à vivre, tout est dit !

42 degrés

42-degres_21a42 degrés, bistronomie crue… Avouez que ça vous laisse un brin perplexe.
Permettez-moi d’éclairer votre lanterne : 42 degrés c’est le premier restaurant d’alimentation crue et vegan (sans aucun produit d’origine animale) de Paris. Un OVNI dans la capitale du steak-frites !

Un petit restaurant sobre et de bon gout (selon l’expression consacrée), une carte courte comme j’aime (3 entrèes, 3 plats, 3 desserts) et un menu du jour, un service souriant et attentionné (on vous explique d’emblée ce qui vous attend évitant par là même toute méprise ultérieure…).

Mon épouse prit à la carte (ah, les femmes…) : Maki au riz de panais et légumes de saison; lasagne de courgettes traditionnelles; cheesecake au fruit de la passion. Je pris la formule du jour : Velouté kale, avocat, pistache; Veg’Steak, purée de choux-fleur au sésame et roquette et en dessert « Fromage » crémeux de macadamia, coulis d’orange et clémentines.
Un dressage élégant, des plats délicieux et surprenants, de l’entrée au dessert, pas la moindre fausse note.
(ne comptez pas sur moi pour les photos de plat floues et douteuses ni pour des descriptions alambiquées à la Top Chef bourrées de néologismes et d’anglicismes).

Un très joli voyage culinaire, une équipe totalement investie et sympathique (le chef m’a même refilé quelques tuyaux), du bonheur !

Que vous soyez omnivores, végétariens, végans ou déjà crudivores convaincus je ne peux que vous conseiller de réserver une table au 42 degrés et découvrir un très bon restaurant, tout simplement.

Le restaurant est situé au 109, rue du faubourg poissonnière dans le 9éme. En cliquant sur l’image en tête de l’article vous irez directement sur leur site.

Pourquoi 42 degrés ? Vous demanderez vous-même en y allant !