Archives pour la catégorie Photographie

Daido Moriyama à la fondation Cartier

Grands tirages, couleurs saturées, décadrages, crabes, crocodiles, affiches publicitaires, photos de photos… Assemblage hétéroclite, presque dérangeant… moi qui aime la pureté des lignes et des formes… toujours surpris d’aimer Moriyama… Pas beau, non, mais vrai, vibrant, vivant… Un diaporama, noir et blanc, écrans géants, voyage de plus d’un an dans un Japon des non-lieux, un regard posé où personne ne le pose…  retour à la couleur… kitsch, trop plein, tuyaux, chaussure de femme abandonnée dans un caniveau… le monde de Moriyama m’échappe et me fascine toujours autant.

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Genesis

cover_fo_salgado_genesis_trade_gb_1307081418_id_618549Bonheur des bibliothèques…
520 pages, 4kg, Genesis de Sebastião Salgado, loué à la bibliothèque municipale de mon quartier.
520 pages de photographies en noir et blanc. Fruit de 8 ans de périple dans quelques uns des derniers endroits de la planète ou la modernité n’a pas encore commis son œuvre de destruction.
Forcément, le sujet est enthousiasmant : paysages, animaux et hommes, saisis par l’objectif comme un inventaire.
Mais la force de ce livre est ailleurs : Chaque image est une leçon de photographie. Une leçon violente du genre claque derrière la nuque (moi qui pensait les sévices corporels interdits !) tant les cadrages sont époustouflant et le traitement du noir et blanc parfait. On voudrait imprégner son œil de chaque photographie pour être capable, un jour, de ressortir dans un cliché une infime part de ce talent !

Voilà Salgado. Des sujets denses et l’œil d’un des plus grands photographe de ce siècle. Pour moi, le plus abouti de ses livres. Un livre à regarder chaque jour, un livre à oublier de rendre à la bibliothèque, un livre à se faire offrir (à bon entendeur…).

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Le cheval du Maréchal

Il y a place du Trocadéro et du 11 novembre une statue équestre du Maréchal Foch sculptée par Paul Landowski que personne ne regarde. La rude concurrence de la tour Eiffel qui lui fait face et la disposition peu engageante de la place y sont pour beaucoup. Pourtant, n’a t’il pas fière allure le fidèle destrier du héros de la bataille de la Marne, chevauchant les toits parisiens avec tant de noblesse martiale qu’on pourrait presque entendre le bruit de ses sabots, pour peu qu’on ai le coeur aventureux et l’âme chevaleresque.

 Maréchal Foch

Le paysage défilait…

Le paysage défilait…

Cette phrase passe partout de la littérature, lue et relue, écrite jusqu’à l’usure, jusque’à la vider de sa substance cache un vrai trésor.

Guetter les subtils changements de la route annonçant un ailleurs, jouir du plaisir enfantin d’être le premier à « voir la mer », ressentir la géographie de l’entre deux entre plaine et montagne…

Sur la route du retour, la tête renversée ou collée à la fenêtre, laisser grandir en soi ce doux sentiment de nostalgie quand quand filent les nuages…

C’est ça le paysage qui défile, c’est ce mouvement qui nous porte vers ailleurs, qui nous ramène à la maison. C’est de ces lignes de fuite que naissent de belles méditations, de ces moments intenses qui parfois nous resteront plus durablement que ce que nous sommes partis chercher…

Comme je me plais souvent à le rappeler, ce qui compte dans le chemin, c’est le chemin ! Alors vivons l’instant présent d’accord, mais sachons que ce qui lui donne sa saveur c’est l’avant et l’aprés, l’au delà et l’en deçà, le départ, l’arrivée et le retour… en un mot le mouvement.

Il y'a toujours ce qu'on laisse derrière soi...

L’Espérance

Les psychanalystes jungiens et les physiciens quantique vous le diront, il n’y a pas de hasard…

J’aime attraper des paysages avec un appareil photo quand je roule en voiture (et que je ne conduis pas)… c’est ce que je faisais, l’autre jour, sur la route qui nous ramenait à Troyes. De l’écriture photographique automatique, sans réfléchir… cadrer, déclencher, point.

De retour à Paris je charge les photos dans l’ordinateur et je découvre cette photo et surtout le panneau que je n’avais même pas aperçu à la prise de vue, incroyable d’évidence et d’incongruité : l’Espérance.

Hasard, bol, pot, veine, coïncidence ? Que nenni ! Jung appelait ça une synchronicité, un « hasard signifiant » et j’aime cette idée.

Synchronicité d’autant plus parlante qu’il y a peu de temps j’ai découvert avec plaisir Olivier Lemire qui parcourt la France de lieu-dit en lieu-dit, choisis pour leurs noms. Il a ainsi voyagé aux sources du « Bonheur » , traversé « La Vie », « La Foi », « Le Rêve », « La Sagesse », « La Beauté ». Tout un programme qui m’a immédiatement enchanté, au sens propre du terme, vieux païen que je suis, croyant fermement en l’esprit des lieux et en la force des noms.

Alors voilà, je suis entré en Espérance sans m’en rendre compte, m’en remettant au destin et en ayant débranché le mental… Quelle leçon !

L'Espérance

Je ne peux que vous inviter à découvrir le récit d’Olivier Lemire, ça s’appelle L’esprit du chemin, édité chez Transboréal.

La cathédrale s’achève dans les flammes…

La cathédrale de Reims fut grandement endommagée par les bombardements allemands de la première guerre mondiale, incendiant la charpente et détruisant quantité de statues dont le fameux Ange au sourire qui s’éclata au sol en 22 morceaux.

Puis la cathédrale fut reconstruite… Et certaines voix, non des moindres, s’élevèrent contre cette reconstruction, dont celle du fort talentueux Gabriele D’Annunzio :

« La cathédrale n’a jamais été aussi belle. La cathédrale s’achève. La cathédrale s’achève dans les flammes. On a envie de tomber à genoux devant ce miracle. Qu’on ne touche pas aux statues, qu’on ne fasse pas de réparations… »

La cathédrale s'achève dans les flammes...