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Vers le Sud-Ouest et au-delà (2)

Bordeaux, le 18 juin 2018

J’arrive à 10h30 sur les quais de Garonne, la plupart des grands voiliers sont déjà partis. Je les regarde s’éloigner, voiles affalées, sous un crachin breton au son d’un orchestre de la marine. Ce matin, Bordeaux a la tristesse finistérienne de la rade de Brest.

Déjeuner dans un bar à salade. Le personnel très jeune court dans tous les sens sous l’oeil des « managers ». Un côté américain assez irritant, mais les salades sont bonnes. Lu pendant tout le repas « Histoire des cocotiers », le journal d’Olivier Maulin qui est excellent de drôlerie et de pathétique, comme ses romans.
Avant de partir, j’observe deux « managers » « débriefer » un employé. Ce sérieux… cette lourdeur… quelle mascarade !

Pourquoi j’aime Bordeaux : La large Garonne et ses quais proprets, la faible hauteur des immeubles de pierre claire, l’harmonie et la cohérence architecturale, la largeur de ses nombreux cours et de ses nombreuses places, le silence dès qu’on s’éloigne des axes de circulation, ses rues piétonnes (la rue Sainte Catherine est la plus longue d’Europe), ses trams et ses vélos qui chuchotent en se déplaçant.

Assis face à la Garonne, un allemand joue, pour le plaisir, du folklore français à la vielle à roue. Des morceaux magnifiques de tristesse, de douceur et de nostalgie et pourtant, on y entend aussi toute la joie des fêtes d’antan. Les yeux rivés sur la vielle, j’admire la beauté de l’instrument, sa complexité… Elle a un étonnant parcours la vielle à roue : elle a quitté les cours royales pour arriver dans les mains des mendiants pour finir dans les bals populaires de nos campagnes. Née au moyen-âge elle serre encore aujourd’hui le coeur de ceux que les mots folklore et tradition ne rebutent pas. Pendant presque une heure j’ai regardé le vielleur vieller, quasiment hypnotisé… la roue tourne comme tournent les danseurs, comme tournent les saisons, comme tourne le monde.

Dans la rue des Remparts qui possède le triple avantage d’être ombragée, pavée et piétonne, je trouve un charmant salon de thé, « l’autre salon de thé ». Le bonheur de siroter un Tarry Souchong (délicieux thé fumé que les fonctionnaires européens ont interdit d’importation pour d’imbéciles raisons) et de déguster un parfait pavlova, le tout dans un service à fleurs à l’élégance britannique . Parfaitement installé en terrasse, après m’être régalé, je lis Maulin en fumant une pipe quand passent 8 militaires en armes et tenue de guerre marchant des deux côtés de la rue en conservant leurs distances, comme dans les films. Pittoresque décalage entre le luxe suranné du salon de thé et l’ambiance de guerre qui vient de débouler dans la rue.

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Vers le Sud-Ouest et au-delà (1)

Bordeaux, le 17 juin 2018

J’ai quelqu’un à visiter à Bordeaux. Quelqu’un qui m’a beaucoup marqué, m’a raconté tant de magnifiques histoires lorsque j’étais jeune et moins jeune, une sorte de modèle, une figure paternelle, un aventurier.

C’est au Musée d’Aquitaine que je vais le rencontrer, à l’ouverture, pour que notre rencontre se fasse dans l’intimité. Ce personnage que je me dois de rencontrer absolument pour bien débuter ma pérégrination, c’est Jack London. Une exposition lui est consacrée, plus précisément une exposition autour de « La croisière du Snark », voyage dans les îles du Pacifique que Jack effectua dans les premières années du vingtième siècle.

J’étais donc le premier à entrer dans le musée et la plus grande partie de la visite, je la fis seul, privilège rare. L’exposition est enthousiasmante; retraçant les étapes de Jack, de son épouse Charmian et de leur équipage d’Hawaii aux Marquises, de Tahiti aux Samoa, des Fidji aux Nouvelles Hébrides… Beaucoup de photos réalisées par le couple London, quelques objets des peuples rencontrées, quelques maquettes, quelques émouvantes reproductions des manuscrits de Jack…

En sortant du musée, enveloppé par un soleil radieux, je me suis installé à une terrasse de café, sur les quais, face aux nombreux grands voiliers réunis là pour quelques jours, pour y rédiger « à chaud » dans mon petit carnet ces quelques impressions que je vous livre tel quel :
Débuter cette escapade par la visite de de l’exposition Jack London fut parfait. JL reste pour moi le modèle de l’aventurier. Silhouette charpentée et sourire au charme délicat, accompagné de son épouse radieuse dans ses robes 1900. Les voir au milieu des peuples qu’ils rencontrent, pleins de curiosité et de bienveillance m’a beaucoup touché et, d’une certaine façon, rapproché d’Annie (mon épouse) : Jack et Charmian London sont à ma connaissance un des rares couples à avoir partagé l’aventure. Je pense que si l’aventure est belle quand on est seul, elle peut l’être tout autant accompagné par le femme qu’on aime.
L’esprit du large souffle déjà sur mes premiers pas dans le Sud-Ouest ! Et puis ces grands voiliers ! Symboles de l’aventure et d’une époque ou le monde s’offrait exclusivement aux explorateurs courageux.
Pour revenir à Jack et Charmian, bien sûr, je n’aurais pas leur vie, mais l’esprit qui les animait doit m’inspirer : Surpasser avec force et courage les mésaventures, vivre pleinement chaque instant, aimer, se nourrir des rencontres que la vie met sur notre chemin.

 

jack-london-with-wife-charmianJack et Charmian London sur le pont du Snark