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Vers le Sud-Ouest et au delà (6)

Anglet – Bayonne – Saint Esteben, le 22 juin 2018

J’ai occupé ma matinée à parler avec Jane, mon hôte Airbnb. Jane est restauratrice à Bayonne et connais sa région et sa gastronomie comme sa poche… Les sujets de conversations furent faciles à trouver, entre épicuriens…
J’en profite ici pour faire l’éloge de ce moyen de se loger : louer une chambre chez l’habitant. Premièrement, le prix est souvent très intéressant et c’est souvent l’occasion de rencontres enrichissantes. Le petit sacrifice concédé à sa tranquillité et à sa solitude en vaut largement la chandelle. Et puis quel plaisir de s’adapter à la vie d’une famille qui vous reçoit plutôt que de séjourner dans un hôtel sans âme.

Déjeuner d’une assiette de chipirons à la plancha sous un soleil de plomb. À la fin du repas, j’étais presque aussi cuit que mes calmars !

Après mon repas je vais chercher l’ombre sanctifiée de la cathédrale. Près du parvis je repère un homme, la soixantaine, courte barbe blanche, bronzé, sac à dos de marcheur à son côté. Je l’accoste, il s’appelle Bernard et marche sur le chemin de Compostelle, sans la conviction religieuse, avec Claude son épouse qui nous a rejoint entre temps. Claude est infirmière psychiatrique en disponibilité, écœurée par le milieu hospitalier, très sensible aux énergies elle s’est formée comme thérapeute reiki et prodigue ses soins contre « un poulet, une paire de boucles d’oreilles ». Bernard est chauffeur poids lourd en retraite (il s’excuse presque de son ancien métier; je connais ça, la honte des sans grades) il pose sur la vie un très beau regard plein de justesse et de bienveillance. Quelle belle discussion nous avons eu ! Ils sont partis de Poitiers le 15 mai et viennent d’arriver au Pays Basque. Ils s’apprêtent à faire demi-tour car ils sont attendus dans peu de temps mais ils reviendront certainement finir le chemin. Ils n’avaient jamais marché avant. Quelle courageuse et magnifique décision ils ont pris, presque comme une évidence.
Les rencontres, l’énergie du chemin, les soirs de fatigue et les matins de joie, la magie de la marche… nous échangeons nos expériences.
Le soir de leur première étape, ils pleut, ils sont fourbus, le sol est trempé, pas un gite, rien. Ils se demandent où ils vont dormir. Ils s’apprêtent à visiter une église, la porte est fermée. Un habitant les voit, dit qu’il sait qui a les clés, il l’appelle. L’homme arrive, leur ouvre l’église pour qu’ils puissent la visiter. Il leur demande où ils comptent dormir. Voyant leur désarroi il leur laisse les clés de l’église pour la nuit en leur disant :  » Quand vous partirez vous viendrez poser les clés chez moi, le petit déjeuner vous y attendra. À ce moment ils ont compris qu’ils étaient sur le Chemin. Puis les synchronicités se sont succédées, jusqu’à notre rencontre qui est tout autant signifiante pour eux que pour moi.

À 17 heures je retrouve Elisabeth pour prendre la route en direction de Saint Esteben. Nous faisons une petite halte sympathique à la sortie de Bayonne dans un café hors d’âge pour boire une menthe à l’eau avant de partir pour l’aventure.
Nous reprenons notre conversation interrompue la veille. Au bout d’une demi heure de route, absorbé dans notre discussion, je remarque que le paysage a changé. Je l’interromps et dit : C’est quand même magnifique cette région ! Je viens de découvrir l’intérieur du Pays Basque dont je ne connais que la côte. Ces coteaux vallonnés d’un vert éclatant, ces maisons basses et belles toutes de rouge et de blanc, les sommets des Pyrénées qu’on devine à l’horizon… je viens de tomber amoureux d’Euskal Herria !

Nous arrivons une heure plus tard au hameau de Sorhaburu, devant une bâtisse imposante et belle. Un panneau de bois indique « Les fous du village », nous sommes arrivés !

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