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Sur les chemins noirs

Sylvain Tesson a chu, puis c’est relevé.

Il a offert ses premiers pas à son pays, qu’il connaissait si peu, par les chemins noirs, ceux qui vous dissimulent au monde, ceux qui vous dissimulent le monde (moderne). 3000 kms en guise de (kinésie)thérapie, du Mercantour au Cotentin.

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Je suis un lecteur et un admirateur de Sylvain Tesson depuis de nombreuses années, le suivant déjà lorsque il chroniquait pour l’émission Montagnes, ne ratant aucun de ses livres. C’est donc avec une grande impatience que j’attendais son récit.

Je viens de finir les 140 pages retraçant ses 3000 kms (soit environ une ligne par kilomètre) avec un sentiment difficile à définir…

J’ai eu l’impression de traverser avec l’auteur un purgatoire, après l’enfer de l’hôpital qu’il a connu. Même si Tesson a toujours le sens de la formule, certaines phrases claquent toujours comme des étendards, il émane de son récit une sorte de brouillard, comme celui du demi-sommeil après un cauchemar. Le cauchemar d’un homme qui se relève difficilement dans un pays qu’il voit lourdement chuter.

Bien sûr, Sylvain Tesson a changé, comment rester le même après ce qu’il a traversé. Mais peut-être est-ce moi qui ai le plus changé de nous deux, je m’explique :

Page 61, Tesson nous dit : « L’essentiel dans la vie est de s’équiper des bonnes œillères. » Cette phrase, assez emblématique du récit, m’aurait il y a encore quelque temps réjouit, plus aujourd’hui. Je tente désormais de m’enlever les paquets d’œillères qui obscurcissent mon regard… et croyez-moi, ce n’est pas facile ! Plutôt que de me dissimuler ce que je ne veux pas voir de ce monde, je m’efforce de l’accepter avec joie.

La joie ! voilà ce qui m’a manqué dans le récit. On sent derrière chaque moment de beauté une blessure, derrière chaque bivouac une aire d’autoroute, dans chaque instant, une absence. Il se laisse prendre par son esprit terriblement brillant, élaborant des constructions mentales là ou il faudrait juste être là. Arrivé au Ventoux il nous livre cette réflexion : « Je regrettais de ne pas avoir atteint l’endroit la veille pour y jeter un campement, je regrettais de ne pas l’avoir atteint il y a mille ans. » J’ai eu envie de lui répondre : « Sylvain ! Tu l’as atteint aujourd’hui ! Tu es vivant ! Profite de l’instant, merde ! »

Il y a quand même quelques moments de grâce dans sa traversée de la France, quand par exemple, les jambes lasses, il allume une bouffarde écoutant sonner les cloches au lointain en profitant de l’arrivée de la nuit. Hélas, ils sont trop rares.

Mais après tout, Tesson nous livre un livre d’une totale honnêteté, sans fard et je lui fait le reproche du mauvais lecteur, celui de ne pas avoir écrit le livre que j’aurais voulu lire.

Quand Il fait sienne page 57 la phrase terrible de Barbey d’Aurevilly : »L’ennui, qui est bien le dieu de ma vie. », Je ne peux que lui souhaiter un autre dieu intérieur pour diriger sa vie. Je lui souhaite tout au moins la quête de ce dieu intérieur qui désennuie radicalement. Je lui souhaite de se réconcilier avec lui même et avec le monde, de cultiver la joie partout,  tout le temps, dans un bivouac comme que sur une aire d’autoroute. D’ailleurs n’est ce pas pour rencontrer ce dieu intérieur que l’on se met en chemin, pour le trouver sur sa route et qu’il devienne notre compagnon de chaque instant ?

Pour conclure, je lui souhaite de moins noirs chemins et lui garde toute mon admiration parce que Sylvain Tesson, même avec l’âme et le corps abîmé, reste un homme qui marche, un homme debout et ça, c’est éminemment admirable.

S’abandonner à vivre

s-abandonner-a-vivre-de-sylvain-tesson19  nouvelles bien serrées dans l’écrin crème des éditions Gallimard. 19 nouvelles comme autant d’invitations à voyager, réfléchir, aimer, tutoyer le destin, s’abandonner à vivre.
Sylvain Tesson, l’auteur de ces 19 récits, nous invite à contempler les hommes face aux destin que les dieux goguenards ont tissé pour eux. Hommes et femmes face au grain de sable qui propulse l’ordinaire dans l’extraordinaire, héros embrassant des destins plus grands qu’eux, voilà l’histoire de la littérature depuis Homère et à ce difficile exercice Sylvain Tesson tire plutôt élégamment son épingle du jeu.
Bien sur, l’exercice a ses limites. Toutes ses histoires ne se valent pas, quelques unes sont cousus de fil blanc, d’autres s’effacent à peine lues mais certaines sont de véritables bijoux, des pépites. L’exercice périlleux de concentrer en quelques pages un destin, de nous renvoyer face à nous mêmes, de briller par l’intelligence d’une chute est alors totalement réussi et l’on se prend à penser à Borges, ce maitre absolu du genre, celui où la nouvelle rejoint le conte.

Des histoires à ranger précieusement dans sa bibliothèque intérieure, à ressortir à bon escient, comme un bon whisky, quand la compagnie est agréable ou la solitude un peu lourde… S’abandonner à vivre, tout est dit !

Dans les forêts de Sibérie par Sylvain Tesson

Sylvain Tesson est parti 6 mois dans une cabane sibérienne sur les bords du lac Baïkal, isolée par plusieurs heures de marche de son plus proche voisin pour mettre entre notre triste monde du complet cravate et des quinze sortes de ketchup et lui un maximum de kilomètres, pour savoir si il se supporterait, pour s’attabler quelquefois avec des russes, pour lire beaucoup, pour vivre totalement et pour s’offrir ces trois luxes de notre siècle : le froid, l’espace et le silence.

Que les choses soient claires, je suis un inconditionnel de Sylvain Tesson. Là, plus que dans tous ses autres livres, l’auteur touche à l’universel. Un formidable travail de Littérature avec une grand L. Et comme toujours face  à une véritable oeuvre, on ne sait ou le classer : Journal, récit de voyage, méditation, philosophie…

Que dire de se livre si ce n’est que c’est un livre total, un livre indispensable d’un auteur rare, une plongée dans le coeur de la forêt et dans le coeur de l’homme.

Le seul problème que m’a posé ce livre fut de ne pas en annoter les trois-quart tant chaque propos est juste, résonnant au plus profond de moi, tant l’écriture est précise et pesée chez cet habitué des aphorismes, tant la profondeur de la réflexion est constante mais jamais verbeuse ni pédante.

Sylvain Tesson nous livre son chemin, un chemin éprouvé dans sa chair et dans son âme, un récit d’une absolue vitalité, ciselé par les glaces, réchauffé par la fourrure de ses chiens, un récit d’homme, à mille lieues des certitudes rebattues à longueur de média, une pépite.

Voilà le deuxième livre de la rentrée (avec celui d’Olivier Maulin) qui pose le problème du refus du monde moderne. Pas un refus par dogmatisme adolescent chez ces deux auteurs, mais un profond écœurement et une grande lassitude. N’allez pas y voir non plus de la misanthropie, c’est justement l’amour de « l’humain dans l’homme » qui leur enjoint de rejeter la deshumanisante modernité.

Dans les forêts de Sibérie par Sylvain Tesson est édité chez Gallimard, disponible dans les bonnes librairies et rigoureusement indispensable à votre bibliothèque.

Trois raisons de ne pas (trop) déprimer à la rentrée

La sortie d’un livre d’un auteur aimé, de ceux qui ne vous a jamais déçu est une chose rare, à apprecier comme tel et s’en délecter.
Et bien pour moi cette rentrée est un triple bonheur ! Trois de mes auteurs fétiches sortent un opus !

Le premier est une BD, il s’agit du tome 1 du « Royaume de Borée », de Jacques Terpant, adaptation du roman éponyme de Jean Raspail.

Le second est un récit, celui des 6 mois passés en ermite dans une cabane sur les bords du lac Baïkal par Sylvain Tesson et s’apelle « Dans les forêts de Sibérie ».

Le troisième est un roman du fort talentueux et hilarant Olivier Maulin, « Les lumières du ciel ».

Pour moi ces trois écrivains sont des auteurs français absoluments majeurs. Tous les trois portent des valeurs rares donc rigoureusement indispensables, tous les trois offrent une critique vitalisante du monde moderne, tous les trois rêvent, tous les trois savent voir la magie des choses, tous les trois réenchantent le monde. Alors, faites moi confiance comme moi je leur fais confiance, précipitez vous chez votre libraire et ruez vous sur ces trois livres !